om vani

 

 

Le Tantra et moi

 

 

 

Au sortir d’un we tantra, toute remuée, libérée, en paix, détendue, épanouie…je sens des choses se poser, se déposer, d’autres qui remuent, qui dépoussièrent, qui me confrontent et confrontent les autres avec ce moi épuré, plus sain, plus libre…

Retour dans la vie, ma vie…et bien non, je ne le vis pas comme un retour car cela voudrait dire que j’ai quitté ma vie le temps de ce we. Je ne l’ai pas quittée, j’y étais et j’y suis toujours alors que je réinvestis le quotidien. Je continue à vivre avec un autre regard, à partir d’un niveau de conscience qui était déjà présent en moi. C’est comme s’il s’était (ré)ouvert.

 

Est-ce que tantrisme signifie ouverture obligatoire? Quelle est ouverture?

Où se trouve cette subtilité qui me permet de rester dans la spontanéité sans me forcer à être libre et ouverte, accueillante?

 

Alors que parfois je me sens attachée, touchée, sous réserves… Elle se trouve dans l’ouverture et l’accueil de ce qui émerge en moi d’abord, ensuite du reste, à comment je réagis face au monde et aux autres. Dans la transparence ou plutôt l’honnêteté face à moi même, face à ce que je ressens sans que cela soit nécessairement fluide et spontané ou détaché.

 

L’acceptation de tout ce qui vient vers moi alors? Non car parfois je n’accepte pas. Cette fluidité qui coule tant recherchée est cet embrassement total de tout, même de ce qui n’est pas fluide et coule, même de ce que je n’accepte pas.

 

Où et quand est-ce tantrique? A partir de quel pas, de quel regard, de quel acte cela ne l’est-il plus?

 

Toutes ces questions ce matin alors que je bois un délicieux Pu Er.

 

Le tantrisme n’a jamais été et ne sera jamais pour moi limité au massage tantrique. Cette réduction est déplorable, tellement réductrice d’un enseignement tellement vaste, à appréhender à tant de niveaux, que sa découverte et compréhension en est illimitée.

 

Un exemple que j’ai déjà cité dans d’autres de mes écrits: “Si tu as soif, bois, si tu as faim, mange, si tu as sommeil, dors”. Comment comprenez-vous cela? Y voyez-vous différents niveaux de lecture? J’ai lu cette petite et simple phrase il y a des années et j’en découvre encore sa profondeur par des niveaux de compréhension qui se révèlent suivant les expériences de vie.

Une interprétation première: “écoute ce que ton corps te dit, écoutes les messages qu’il te lance”, une autre vision: “Fais ce qu’il te plait.”, ou encore “Tout est grâce” ou encore “Il n’y a pas de bien ni de mal” ou encore “pas ce qui devrait être mais ce qui est…” (Swami Prajnanpad).

 

 

La vision tantrique est tellement simple qu’elle en devient quasi incompréhensible pour nos mentalités complexes et complexées. Tant de rigueur, de normes, de concepts viennent entraver une interprétation et une mise en pratique fluide.

Si l’on reprend cette phrase citée plus haut, l’on peut entendre que nous sommes invités à suivre les impulses qui naissent en nous. Et de suite, des réactions qui fusent “mais si l’on fait tout ce que l’on veut ce sera le chaos” ou “on ne peut faire tout ce dont on a envie, il faut travailler” ou “nous avons besoin de règles pour vivre dans la société”… Tant de conditionnements nous barrent la porte à la liberté, tant de peur nous empêchent d’être spontané, tant de blessures qui nous inhibent.

 

Le chemin tantrique pour moi est un véritable chemin de libération, de prise de conscience et d’acceptation de ce qui est en moi, les côtés lumineux, l’amour, la paix…et aussi mes fragilités, mes barrières, mes refus, mes jalousies, mes craintes et appréhensions. Car je suis faite de tout cela, je suis faite de tout, de toute cette beauté et de toute cette boue exactement comme vous tous avec un mélange tout particulier qui fait que je suis moi, qui fait que je suis unique, qui fait que même cette boue est beauté.

 

Et c’est ce caractère unique composé des mêmes ingrédients que tout un chacun qui fait mon charme et le vôtre. Pas une personne identique, pas un même ressenti par rapport à la vie mais une multitude, une infinité d’être et d’êtres. Le tantrisme est pour moi une invitation à habiter entièrement ce caractère unique sachant que l’autre est moi également. J’adore ces paradoxes qui n’en sont pas!!

 

Je reviens à ce qui m’habite maintenant, c’est cela qui me pousse à écrire et partager.

 

We de rencontres, de regards, de touchers, de partages intenses et intimes aussi, de confiance, de lâcher-prise en même temps que d’écoute de mes gènes et limites, l’accueil de ce qui est là en moi. Je m’ouvre, je reçois, je donne, m’abandonne, offre, je me fige aussi, suis perplexe, fragile, une femme, une enfant, une sensibilité à fleur de peau de par les exercices proposés et leur progression qui exacerbent l’être en entier.

Sans attente par rapport à ce que j’allais vivre lors de ce we, je m’étais inscrite deux jours avant spontanément, je ne suis pas frustrée ou déçue. Des organisateurs qui cadrent parfaitement et à merveille l’évènement. Chose qui n’est pas évidente lorsque l’on travaille avec l’énergie sexuelle, un cadre parfaitement posé qui m’a permis d’être en confiance.

 

Découverte ou redécouverte de certains de mes aspects, de certaines de mes émotions parfois refoulées, parfois oubliées. Rencontres avec l’autre parfois très proches, jamais trop proches car la limite est toujours celle que je décide de poser.

 

Emporter cela avec moi, dans le quotidien, continuer à vivre de la sorte. Continuer à accepter tous les appels et les cris parfois désespérés en moi, les envies, et toujours encore les fragilités, les dégoûts, les désirs, les sentiments imprévus, inattendus, la puissance surtout, rester digne de soi en restant avec soi tout en étant en lien avec la vie et l’autre: l’autre intime, l’autre que je croise le matin à la boulangerie, l’autre au travail…

 

 

J’en reviens me disant des choses, prenant des décisions, faisant des choix, d’autres choix, prenant d’autres positionnements. Je m’aperçois que je suis retournée dans ma tête, que je ne suis plus dans mon coeur. Quand je dis coeur, je veux parler de ce qui émerge en moi pas d’un coeur romantique, plutôt un coeur primaire, originaire, intuitif qui ne scinde pas les choses en bonnes ou mauvaises en acceptables ou pas. J’oubliais déjà de danser simplement, d’être fluide.

 

J’ai réalisé et compris des choses lors de ce we, je commençais déjà à oublier que l’essentiel est de ressentir dans mon corps, dans le coeur mes aspirations et que celles ci peuvent évoluer, changer, voire se retourner complètement d’un instant à l’autre. Garder cet oeil attentif à ce qui est en moi sans mettre d’étiquette, sans essayer de faire bien, sans forcement vouloir comprendre, tout en étant consciente de ce qui parle, rester fluide comme l’eau qui coule ou la volute de fumée du bâton d’encens, il n’y a rien d’autre finalement…même si sa danse est chaotique, imprévue, imprévisible.

Tellement simple: être soi spontanément…tellement compliqué en même temps. Comme je peux si facilement me limiter, m’enfermer, me censurer…par peur d’être jugée, de ne pas être conforme, de ne pas être aimée, de déplaire, de choquer…comme si tout ce qui est moi, spontanément je ne l’aimais pas…ou croyais qu’il n’est pas aimable ce qui revient au même finalement.

Accepter, m’accepter dans tous les rôles qui me composent: le femme, l’amante, l’amoureuse, la fragile, la puissante, l’exploratrice, l’initiatrice, la débutante, l’experte, l’affamée, la frileuse, la jalouse, la sereine, l’apeurée, la garce…Cette ouverture à ce qui est en moi finalement me fait grandir dans ma puissance et le besoin de pouvoir s’efface, devenant obsolète spontanément.

L’envie présente et ancrée de me laisser guider par mon ressenti, de m’abandonner à moi-même, me faisant ma propre offrande.

J’aurais peut-être encore mal, certainement même, mais au moins je ne passerai plus à côté de celle que je suis, celle que je peux offrir au monde, à la vie, celle que je peux vous offrir.

 

 

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Auteure: Umâ