om vani

 

 

Le petit et grand moi dans le massage Tantra

 

"Depuis des années, j’enseigne le yoga et la méditation, le retour à soi, au silence en soi. 

 

De façon formelle, cela paraît si facile de s’asseoir sur son zafu, de fermer les yeux et de tenter de se déconnecter du charivari de la vie quotidienne. Et voilà -les yeux à peine fermés, les premières respirations en conscience effectuées, l’émergence des premiers relâchements musculaires- que les pensées s’emballent ne laissant que quelques nano-instants fugitifs d’un silence difficile à rejoindre ou à apprivoiser. 

 

Revenir au souffle, l’inspiration, l’expiration, encore et encore une multitude de fois.

 

Et le soir venu, jusqu’il y a quelques années encore, lorsque je me retrouvais seule à la maison, isolée à la campagne, l’angoisse du crépuscule se faisait sentir lorsque la lumière du jour déclinait et que le rythme affairé évoluait vers un ralentissement après les journées bien remplies. Remplir, remplir encore, cela criait en moi de façon sourde et assourdissante à la fois.

 

Pendant des années, je n’ai pas arrêté. Je remplissais encore et encore. J’ai usé de toutes sortes de stratégies: les relations amoureuses, fumer, les séries à n’en plus finir, les coups de fil interminables, travailler tard le soir, préparer mes cours et mes formations, les sorties, les choses à faire dans la maison, les derniers papiers à remplir, le verre de vin “récompense” comme si la vie en elle-même n’était déjà pas une gratification suffisante. 

 

Il existe une multitude de stratégies: la consommation, la nourriture, les réseaux sociaux, le sexe, le pouvoir, la richesse, la possession… Chacun développe ses propres stratégies de remplissage ou d’évitement.

 

Ne pas m’arrêter jusqu’à m’écrouler et m’endormir, enfin.

 

J’évitais un vide en moi qu’aujourd’hui, je ne qualifierais plus d’angoissant, bien au contraire. Je m’évitais moi-même.

 

 

 

Quel moi évitais-je? Quelle part de moi ne voulais-je pas rencontrer à ce point?

 

A présent, je parle du petit moi et du grand moi. Ce sont mes mots, mon lexique, ce qui m’a permis de prendre conscience.

 

Plus couramment, nous rencontrons le concept du Moi et du Soi. En voici quelques définitions:

 

-Le Moi: c’est la partie de la personnalité la plus consciente toujours en contact avec la réalité extérieure

 

-Le Soi est généralement considéré comme l’image que l’on se fait de sa propre personne

 

-Selon Jung, le Soi est l’entièreté psychique de votre personne qui dépasse ce que vous percevez de vous-même (ceci étant le Moi), il utilise le terme Soi pour désigner l'archétype de l'entièreté psychique qui distingue une personne au-delà de ce qu'elle perçoit d'abord (cette perception étant le Moi). Ce concept du Soi est utilisé en psychologie et en psychanalyse avec des nuances d'acceptions en fonction des courants de pensée.

 

-Le Soi peut aussi représenter l’être suprême, source de la conscience commune au vivant en général.

 

Revenons au petit moi et au grand moi, à mon petit glossaire.

 

Mon petit moi dans la vie de tous les jours survivait en évitant de rencontrer mon grand moi. La méditation était plus un évitement, une coupure, un anti-stress, un patch; je n’ai pas compris de suite et ce n’est que des années plus tard que la compréhension est arrivée.

 

Je ne voulais pas méditer pour me voir, pour plonger en moi et affronter mes peurs, mes démons… Je refoulais tout cela et comblais ce vide, ce calme. J’ai en élaboré par centaines, des stratégies d’évitement. Et le besoin se faisait toujours plus grand, remplir, remplir, remplir le vide intérieur de l’extérieur… Comme un démon/ fantôme intérieur qui revenait de plus en plus fort, de plus en plus avide qui m’empêchait de constater ma puissance intérieure.

 

 

Je refoulais encore et encore et ce bavardage incessant ne se faisait que plus tapageur.

 

Je compris que ce qui parlait tout seul lorsque j’essayais de faire silence parlait de moi, de mes malaises, des choses à régler. Alors je pensais que je devais solutionner cela pour pouvoir “bien méditer”.

 

Eviter de regarder ce vide m’a permis d’éviter de voir que j’étais complète à un autre niveau, bien en l’état. 

 

J’utilise souvent les mots de Swami Prajnanpad “Ce qui est, pas ce qui devrait être”. Le sens de cette phrase ne m’était pas vraiment accessible à l’époque. Je voulais une autre vie, vivre ailleurs, je n’acceptais pas le “ici et maintenant”, je rêvais à demain.

 

 

 

 

Jésus a dit “Le royaume de Dieu est en toi” et Bouddha a dit “Ne vénère pas, trouve le pays/ la terre en toi, sois une lampe pour toi-même, trouve la lumière en toi”

 

J’évitais mon grand moi et au plus je l’évitais, au plus je devais combler, au moins je m’approchais de la compréhension que tout est là.

 

A présent, je me réjouis de m'abandonner dans ce vide, je n'en ai plus peur, je sens que dans cet espace incommensurable, tout est possible, toutes les versions de moi-même co-existent dans une harmonie que je ne pouvais même pas imaginer auparavant.

 

Lorsque je médite, c’est pour connecter cette dimension intemporelle et prendre conscience que même à la petite échelle d’humaine que je suis tout est ok et complet. J’ai compris que la vacuité est notre véritable nature. Et me connecter à ce grand moi, à cette véritable nature, nourrit le petit moi plus que je n’aurais jamais pu espérer l’être un jour.

 

Je me sens enfin complète car je connecte avec envie et réjouissance cette vacuité. Certains jours plus difficilement que d’autres, mais même à ces moments, je pressens le vide, je sais qu’il est là.

 

Voici un mantra qui aide à connecter notre petit moi, physique et local, au grand moi parfait et non-local:

 

"Sam Priya Ham"

 

 

Sam signifie “relatif à”, “appartenant à”, “relié à”

Priya signifie “joie”

Ham signifie “je suis”

 

 

 

Le massage tantrique lorsque je le reçois ou le donne m’emporte dans cette dimension hors du temps. Dans cet espace où le petit moi n’existe plus et où je connecte le grand moi. 

 

J’espère amener la personne que je masse à cette connexion nourrissante également.

 

Dans un premier temps, le voyage tantrique emporte vers la rencontre avec les blessures, les manques, les peurs, les traumas, les blocages… Ce passage dans nos abîmes n’est que les prémices de la rencontre avec la vacuité, matrice de la création, d’où émerge tout ce qui se joue dans la matière. 

 

A travers le massage tantrique, ce passage peut se faire peu à peu et pas à pas dans la douceur, au rythme où cela est supportable, accompagné par la présence du/ de la praticien(ne). Nul besoin de confrontation violente avec ce qui nous bloque, nous fait souffrir, nous limite.

 

Ayant plongé au sein de mon chaos, vieilles catacombes contenant mes pires cauchemars (tout ce que j’ai évité si longtemps), j’accompagne dans le massage tantrique le/la courageux(se) qui est prêt(e) pour le grand voyage. 

 

Je me fais compagne de route, j’enrobe, me fais cocon, tiens la main -littéralement parfois- pour cette grande odyssée au sein de soi, à la rencontre de ce grand moi que nous partageons tous afin qu’il vienne nourrir le petit moi, l’humain au cœur qui bat.

 

Ensuite, je rassure, je ramène, la douceur et le plaisir comme baume au cœur. La tendresse, les caresses comme un retour prometteur à la dimension du petit moi.

 

Le petit moi nourri de l’intérieur peut alors vivre en plus grande harmonie et connexion avec le monde, les autres.

 

Auteure: Umâ Aum