om vani

 

 

Le bien/ le mal, la lumière/ l’obscurité, l’amour/ la haine, le yin/ le yang, le positif/ le négatif… Comment faire et être dans tout ça?​

 

 

 

 

 

 

Vertu/vice, dieu/diable, beau/laid, théorique/pratique, jour/ nuit, chaud/froid, absolu/relatif, transcendant/immanent, abstrait/ concret, idéal/réel, objectif/subjectif…

 

La conscience de séparation dans le monde est une dualité (ce qui est moi/ ce qui n’est pas ou plus moi). Cette dernière étant le fruit de l’ego (ou du moi), elle entraîne celui-ci à imposer sa façon de voir au réel: j’aime/ je n’aime pas, je désire/ je déteste, je veux/ je ne veux pas, c’est agréable/ c’est désagréable.

 

Selon Pierre Willequet (docteur en psychologie et psychanalyse), la conscience est le produit du moi (ou de l’ego) en inter-action avec son environnement.

 

A la naissance le moi vierge va être confronté à la réalité, va vivre des  expériences, va expérimenter le non-moi. Un peu comme de la cire modelée par les aléas de la vie, laissant des traces sur celle-ci. Les expériences vont impacter, modeler la cire, créant de la sorte une ébauche de mémoire. Ces traces, ces impressions (au double sens du terme) façonnent de la mémoire. Et c’est cet évènement là, infiniment réitéré, qui permettra à la conscience d’émerger*1.

La conscience dans cette vision est donc produite par l’ego, un peu comme un tentacule qui s’en éloigne et se retourne afin d’observer d’où il provient, pour l’informer, l’ajuster…Ainsi nous nous construisons.

La conscience n’est donc pas séparable de l’ego (d’où les opposés ou les complémentaires “absolu/ relatif” par exemple).

 

J’enseigne le yoga depuis des années, tout simplement car il est mon chemin, parce que j’en retire du plaisir, plaisir de pratiquer et de transmettre. On pourrait penser que je transmets de la lumière, toujours plus de lumière…

Ce que je transmets ou enseigne, je le fais à partir de qui je suis, à partir de ce que j’incarne et il ne me semble pas juste ou cela me paraît incomplet de n’aborder que la lumière ou l’amour et de laisser la moitié complémentaire de côté.

 

 

 

Dans cette dimension est-il possible qu'il en soit autrement?

 

Humaine possédant un ego (un moi) et une conscience (le Soi), je me sens jouer le jeu de la dualité, des opposés, des contraires…

 

Je me sens en même temps être quelque chose au-delà de ce jeu, au-delà de ce voile, au-delà de cette illusion appelée maya (concept donné par le professeur et philosophe Indien Shankarcharya au 9ème siècle avant Jésus-Christ).

 

Qui peut prétendre n’être que lumière ou joie? Et comment appréhender ces deux parties en moi?

Depuis longtemps je lis, me renseigne, étudie l’humain dans toutes ses dimensions: corporelle, émotionnelle, spirituelle, énergétique, subtile…

 

Depuis longtemps j’essaye de m’améliorer, de grandir, de faire mieux; j’en avais oublié de m’accepter. Les essais de répression voire suppression de certaines émotions désagréables, douloureuses, de certains côtés de ma personnalité qui me paraissaient en contradiction avec l’idée d’élévation, par plus de pratique spirituelle, moins d’attachement au superficiel, le développement de la conscience… eh bien tout cela m’avait fait perdre de vue l’acceptation, l’immobilité, la contemplation de ce qui est, donc de moi aussi dans sa totalité.

 

Si tout est divin, alors dans cet univers l’obscurité, la haine, la peur, le “mal”…toutes ces parties de moi qui ne brillent pas, celles que je n’aime pas, mes impulses vers le bas, mes attachements, mes colères, mes contrariétés…tout cela est aussi divin car faisant partie de la création.

 

 

 

 

Il y a des choses que j’aime, d’autres que je n’aime pas. Certaines que je trouve agréables, d’autres désagréables et je me prête à ce jeu qui nous est proposé ici, j’accepte ce moi unique qui s’est construit en y mettant de la conscience, sans oublier le Soi qui me constitue également et qui rigole des mes attractions et répulsions. Je ne réprime plus, je laisse parler, s’exprimer et oui parfois je peux me tromper, exagérer, me fâcher…car je suis faillible comme tout le monde l’est. Parfaite imperfection.

 

“La grande contradiction de l’homme c’est qu’il veut le multiple sans vouloir sa rançon de déchirement. Il veut la relativité avec sa saveur d’absoluité ou d’infinité, mais sans ses arêtes de douleur, il désire l’étendue mais non la limite, comme si la première pouvait exister sans la seconde et comme si l’étendue pure pouvait se rencontrer sur le plan des choses mesurables”. Frithjof Schuon (XXème siècle).

 

Comment mettre en pratique l’amour total de ce moi, de ce monde?

 

A l’époque où de nombreux chercheurs spirituels aspirent à vivre dans le monde des bisounours, où les non-croyants ne comprennent pas comment le divin s’il existe peut laisser se passer tant de monstruosités, je prétends vouloir vivre dans le monde, ce monde, mon monde, notre monde tel qu’il est car “tout est grâce”, mes meilleures qualités comme mes pires défauts, idem pour vous, les merveilles et les atrocités qui composent notre monde également.

 

 

Le Tantrisme exprime ceci: “Si tu as faim, mange; si tu as soif, bois, si tu as sommeil, dors”.

 

Qui honnêtement laisse émerger chaque impulse en lui de façon inconditionnelle? Qui se permet d’être entièrement lui-même?

 

Les réactions pointent déjà: “Mais si on permet tout, ce sera le chaos dans le monde”. Pensez-vous que si les lois n’existaient pas, vous deviendriez des assassins ou des violeurs? Je ne le crois point. Et ceux dont le chemin est composé de ces teintes, violent ou tuent malgré les lois.

 

Qui, alors qu’il est de mauvaise foi ou ment ou vole ou…peut se regarder avec honnêteté, humour et légèreté et se dire: “Ha oui là, je ne suis pas honnête” ou “Là je suis en train de voler” ou encore “Ha ben zut, moi qui suis divin(e), j’ai encore oublié car j’ai eu peur de manquer” par exemple. En d’autres termes “Je me suis encore identifiée à l’ego (au moi) et ai oublié que j’étais la conscience (le Soi)?” Et ne pas sombrer dans l’auto-critique, la culpabilité, le non-amour, la flagellation symbolique de sa propre personne? Accueillir l’erreur, le faux pas, l’identification à ces émotions qui m’ont traversée..

 

Qui peut alors aimer l’autre (constitué des mêmes penchants humains, qui ne demandent que notre compréhension et notre accueil) qui lui aussi oublie son côté divin alors qu’une petite vieille essaye de prendre sa place dans la file à la poste et ne se laisse pas faire, qui lui aussi, aura peur de ne plus être aimé car il a fait une erreur et mentira…?

 

A force de lutte, de “travail” sur moi, de traction vers l’avant pour atteindre un moi idéal, j’ai réalisé clairement que je m’éloignais de mon but, de mon chemin, de moi tout simplement, ici dans cet éternel instant présent. Je n’étais jamais satisfaite d’aujourd’hui, toujours dans l’attente d’un demain meilleur.

 

Je me suis posée et littéralement dans ma vie, j’ai tout arrêté: le travail, la relation amoureuse et même un moment le ménage. Rassurez-vous j’ai réagi avant que ce ne soit trop le bazar chez moi!

 

A présent, je reste assise parfois sans rien faire, dans l’observation et l’acceptation de ce qui me traverse, peu importe sa nature, avec parfois plus ou moins de difficultés. Je fais la place à ces “dérangeants” qui émergent comme la jalousie, la peur, le dégoût, le jugement, la haine, le mensonge…Je leur donne un instant toute la place, toute mon attention, j’ouvre grand les bras à l'intérieur et le coeur pour accueillir aussi cela de moi.

 

Je n’essaye plus d’être meilleure et je suis du coup plus franche. Je n’essaye plus d’avancer sur mon “chemin de développement personnel” car cela se fait aussi en étant simplement tel que l’on est, là où on en est. Je me dis et je sens que tout est là et qu’il n’y a rien à changer ou améliorer et c’est très souvent cette attitude d’ouverture de ce qui est à l’extérieur comme à l’intérieur qui amène de beaux cadeaux, des surprises inattendues.

 

Je n’essaye plus d’être meilleure et j’accepte, j’accueille plus et même mieux les autres, là où ils sont: ici et maintenant comme moi.

 

Car quand je suis remplie de moi, de moi que je dois améliorer, de moi qui peut être meilleure ou plus ceci ou moins cela…je ne fais pas la place à ce qui est, je me coupe de ce qui est. Je me coupe du monde, je me coupe des autres.

Si j’accepte mes côtés égoïstes, quand je serai égoïste, je ne me jugerai plus, j’accueillerai cette partie comme la vierge Marie tient l’enfant dans ses bras, inconditionnellement. Je me comprendrai et pourrai regarder d’où cela vient, sans honte de ne pas être parfaite. Je comprendrai aussi l’égoïsme de l’autre et l’accepterai plus facilement car je saurai que l’égoïsme me traverse aussi parfois.

 

 

 

Si j’ai des peurs ou des angoisses, je leur laisse la place, toute la place, un instant car cela vient de la source aussi et y retournera, car cela a certainement du propos si je peux l’observer. Je ne m’acharne plus à lutter contre celles-ci, car je ne fais que les agrandir par refoulement. Tout étant énergie, tout a besoin de circuler. Retenez l’eau, elle cherchera un autre moyen pour couler, pour s’infiltrer. Mettez sous silence certains aspects de votre être et ils trouveront un autre moyen d’expression, peut-être moins facile, moins évident, plus pernicieux mais cela “parlera” de toute façon en vous, à travers vous.

 

Et cette attitude me libère, et je me surprends à me faire des bisous, à me dire que je m’aime spontanément face au miroir, non pas comme méthode Coué pour me le fourrer dans le crâne alors que ce n’est pas encore dans le corps, dans le coeur…mais tout simplement spontanément.

 

S’accepter comme on est et ne pas toujours tendre vers un idéal parfait de nous-même, qui exempté de nos défauts aurait d’ailleurs probablement perdu les teintes les plus éclatantes et particulières de notre personnalité.

S’accepter comme on est, s’aimer même…le véritable défi, facile à dire, tellement difficile à faire, tellement évident lorsqu’on sait et ressent la perfection de l’instant présent et de ce moi qui est inscrit en son sein.

 

 

 

“Lorsque vous êtes joyeux, regardez profondément dans votre coeur et vous trouverez que ce qui vous apporte de la joie n’est autre que ce qui vous a donné de la tristesse”. Khalil Gibran, XXème siècle.

 

 

 

 

 Auteure: Umâ

 

*1 Pierre Willequet, L’ego face au divin, naissance du moi et expériences mystiques, éditions Slatkine, Genève, 2010.